Mon employeur me pousse vers la sortie : comment réagir ?

C’est une situation désagréable. Vraiment désagréable. Vous vous sentez de trop. Vous êtes devenu/e le canard boiteux de l’entreprise, le mouton noir du service. Votre employeur rêve de votre démission. Pour un peu, il apporterait le Champagne à votre pot de départ. Plus grave, vous vous rendez au travail la boule au ventre et à reculons… Bref, la situation est intenable et vous pressentez qu’elle n’ira pas en s’améliorant. Mais voilà, vous n’entendez pas vous laisser faire, vous avez décidé de relever la tête et de vous battre. Vous aussi, vous pouvez préparer votre dossier pour gérer au mieux le risque de licenciement. Remontez les manches et suivez nos conseils !

Plantons le décor

Il existe une multitude de cas dans lesquels l’employeur souhaite le départ du salarié. Un carnet de commandes qui baisse, un salarié moins motivé ou moins performant, une restructuration de service, etc. D’ailleurs, soyons honnêtes, l’employeur a parfois de bonnes raisons de vouloir le licenciement d’un salarié. L’entreprise évolue dans un marché souvent concurrentiel, obéit à une logique de performance, et le salarié peut parfois ne plus adhérer à cette vision et baisser les bras. Ici n’est pas la question. Finalement, peu importe la raison pour laquelle votre poste est menacé ; qu’elle soit bonne ou mauvaise, légitime ou non, nous sommes là pour vous donner les clés d’un départ gagnant et éviter un licenciement en votre défaveur.

Sentir le vent tourner

Notre premier conseil : sentez le vent tourner. Qu’est-ce qu’on veut dire ? C’est simple : soyez attentif/ve à ces petits signaux qui vous indiquent que vous êtes devenu/e indésirable ou que votre manager cherche à vous piéger. Généralement, les salariés s’en aperçoivent assez vite… Des e-mails de reproche, un entretien annuel d’évaluation injuste, des réunions internes auxquelles vous n’êtes plus convié/e, des yeux qui se baissent à votre passage dans le couloir, des invitations à déjeuner qui se font rares ; tous ces événements mis bout-à-bout sont inquiétants. En tout cas, ils doivent vous alerter : quelque chose se trame contre vous, vous êtes potentiellement sur la sellette, et le risque de licenciement est réel.

Analyser la situation

Il est très difficile de dresser un constat objectif lorsque l’on est placé au cœur d’un problème. C’est un peu comme si vous demandiez à un joueur de foot d’arbitrer le match auquel il participe. Pourtant, ce travail d’analyse et d’introspection est essentiel. Face à une difficulté professionnelle, vous devez aller à la source du problème, vous devez en identifier les causes. Alors, endossez votre costume de Sherlock Holmes et allez enquêter sur ce revirement de situation qui vous empêche de dormir la nuit. Bien souvent, les problèmes que le salarié rencontre au travail peuvent se régler. Et heureusement ! Si vous êtes en CDI, votre employeur vous a engagé/e dans la perspective d’une relation professionnelle à long terme. Il a, comme vous, tout intérêt à ce que cette collaboration de travail se déroule du mieux possible. Votre premier objectif est donc d’éviter le licenciement. Pour cela, n’hésitez pas à susciter une discussion franche et cordiale si vous estimez pouvoir rapidement apaiser des tensions professionnelles. Malheureusement, certaines difficultés apparaissent insurmontables, soit que l’employeur ait déjà pris sa décision de se séparer du salarié, soit que ce dernier veuille quitter l’entreprise.

Constituer son dossier

Lorsque l’employeur a pris sa décision de licencier le salarié, il commence par constituer un dossier à son encontre. De bonne ou de mauvaise foi, il cherche à accumuler des preuves qui lui permettront de justifier un licenciement, tout en courant un minimum de risque en cas de litige prud’homal. Vous devez avoir exactement le même réflexe (en sens inverse, cela va sans dire !). Plus précisément, vous devez conserver deux types d’éléments. D’une part, toutes les pièces pouvant caractériser des fautes de l’employeur à votre égard (heures supplémentaires impayées, discrimination, etc.). D’autre part, toutes les pièces qui établissent vos bons résultats et la qualité de votre travail (emails de félicitation, entretien annuel d’évaluation élogieux, etc.). Il n’y a rien de pire que de se retrouver démuni alors que vos preuves dorment au chaud dans votre ordinateur professionnel… N’oubliez pas qu’en cas de litige, les juges statueront sur des pièces et pas sur votre bonne mine ! Précision : la Cour de cassation considère que le salarié peut photocopier les éléments nécessaires à sa défense (ce n’est pas du vol). Autre conseil, et non des moindres : évitez de reconnaître des torts par écrit, même de bonne foi. À défaut, gare à l’effet boomerang ! L’employeur aura beau jeu de sortir votre email de son contexte pour vous desservir. Dur à accepter… Enfin, en présence d’emails « pièges » de la part de votre manager, prenez le temps de la réflexion et soignez particulièrement vos réponses. Consultez un avocat en amont, afin de disposer d’un dossier solide. C’est ainsi que vous pourrez négocier une indemnité de rupture.

Tirer profit de la situation

Et nous en arrivons au principal. Quitte à devoir perdre votre job, autant partir avec l’indemnité la plus élevée possible. Sur ce point, vous êtes probablement d’accord, non ? Bien sûr, répondrez-vous, mais comment ? Tout d’abord, en observant un premier principe : agissez avant le licenciement. Votre levier de négociation est bien plus fort lorsque vous êtes en poste plutôt que déjà licencié/e. Pourquoi ? Parce que l’employeur est généralement prêt à mettre la main à la poche pour que le salarié parte vite et bien. Surtout si vous avez suivi nos conseils et que vous avez réussi à verrouiller votre dossier ! A l’inverse, si l’employeur vous a licencié/e, il sait que vous devrez patienter 2 à 3 ans pour obtenir des indemnités devant le Conseil de prud’hommes. Autant dire que vous n’êtes plus en position de force pour négocier. Se pose ensuite une deuxième question : OK pour agir en amont, mais de quelle manière ? Il n’y a pas de réponse unique car il existe une multitude de situations. Votre avocat vous conseillera sur la stratégie à adopter. Dans la plupart des cas, une lettre d’avocat adressée à l’employeur permet d’enclencher des négociations. Parfois, une action plus dure, comme une résiliation judiciaire du contrat de travail, est nécessaire pour inciter l’employeur à négocier votre départ. Enfin, conservez à l’esprit un autre grand principe du départ négocié : le solliciter auprès de l’employeur est le meilleur moyen de ne pas l’obtenir. En effet, celui-ci risque gentiment de vous inviter à démissionner…

Récapitulons

  • Si vous vous sentez menacé/e dans votre job, commencez par analyser la situation et cherchez à savoir si et comment elle peut s’améliorer, surtout si vous n’avez aucune intention de partir.
  • Si vos problèmes persistent, si vous pensez que votre employeur risque de vous licencier, constituez votre dossier en veillant à soigner la rédaction de vos écrits professionnels et en conservant des preuves.
  • N’attendez pas d’être licencié/e pour négocier votre départ. Au contraire, faites appel à un avocat suffisamment tôt pour enclencher un départ négocié, qui vous permettra de bénéficier d’une indemnité de rupture.

La Rédaction

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